| concours

14.05.2007

 

Laurence Burniat signe "des gens, tout simplement" aux éditions Bénévent.

 

L'auteur nous présente 78 portraits de gens sous forme de poèmes. Mais qu'on ne s'y trompe pas, ici rien de niais, ni de fade.

 

Son écriture est simple et essentielle, proche des gens, de leur histoire. Du genre inclassable. Cette forme littéraire est à la fois novatrice et très forte en contenu. A consommer sans modération. Les thèmes principaux que sont l’épreuve, l’amour, la différence, la liberté, le bonheur… ne sont pas abordés en tant que tels, mais par le vécu des gens, tout simplement.

 

On a l'impression de visionner chaque fois un micro-reportage : succession accélérée d'instantanés, un pour chaque étape de la trajectoire humaine présentée. Visionner au lieu de lire, car chaque texte fait naître des images ; et de plus, ces images sont mobiles. Les personnages sont "filmés" en situation, en action, en devenir, en partance, en souffrance, etc.

 

Chaque texte est un hymne à la vie et à ses racines, avec ce qu’elles ont de meilleur et de pire, parfois. Chaque moment de lecture, volé ou insistant, est une invitation à se questionner, à réfléchir.

 

Pas de démonstrations alambiquées, juste des témoignages. Libre au lecteur d'y adhérer ou pas ; mais s'il n'y adhère pas, qu'a-t-il à proposer de plus pertinent que l'évidence elle-même ?

Le piège à conscience se referme alors et l'on reste quelques instants enfermé, en tête à tête avec la question, avec soi-même. Puis la conclusion rouvre la porte. Puis un autre sujet, au même rythme, avec la même intensité, sans un instant de répit. Alors ça va vite, très très vite.

Sujets actuels et intemporels voisinent, comme en tout lieu et à toutes les époques.

 

MORCEAUX CHOISIS

 

Le nez.

Quand il était petit, il sentait tout le temps,

Les bois en automne, les fleurs au printemps,

L'odeur de la cantine le rendait malade,

Celle des vestiaires était plus détestable,

Et s'il adorait celle de la colle d'antan,

La pire de toute était bien celle des gens,

Alors il a grandi en se bouchant le nez,

En cachant sa trop grande sensibilité,

Il était souvent triste et même déprimé,

Il sentait que son nez était opprimé,

Mais un jour, il a découvert les vins,

L'eau de rose et de nombreux parfums,

Il a étudié les arômes, les odeurs,

Il sait de nez les fruits et les fleurs,

Il apporte aux autres un peu de bonheur,

Grâce à sa connaissance de multiples odeurs,

Son don inné est devenu son métier,

Sa sensibilité a fait de lui un nez,

Et le bonheur, c'est de pouvoir donner,

Ce qui en nous est une richesse innée.

 

La sensibilité est une richesse.

 Laurence Burniat - Des gens, tout simplement, p 51 - éditions Bénévent, Nice, 4éme trimestre 2006

 

 

 

 

La poète.

Elle est poète, la belle affaire,

Dans un monde trop éphémère,

Elle cherche à laisser une trace,

A enfin occuper Sa place,

On la voit chef d’entreprise,

Recherchant la convoitise,

Possédant richesse, beauté,

Privilèges, notoriété,

Mais son bonheur est écriture,

Paraître normale la torture,

Quand son cœur hurle espoir,

Pour les âmes tristes et noires,

Mais la différence est difficile,

Dans ce monde d’imbéciles,

Être poète, une belle affaire,

Dans un monde sans mystère,

Pourquoi pas bohême ou clown ?

Dans ce monde de show-rooms,

Aseptisé, climatisé,

Où tout devient surexploité,

Où l’on rêve de stars clonées,

De libertés standardisées,

Elle est poète, la belle affaire,

Rêve d’anéantir les guerres,

De sauver la planète terre,

De liberté, de mieux-être,

Armée uniquement de mots,

Elle part en guerre contre nos maux,

Parce que son bonheur est là,

Parce qu’il faut des fous de roi,

Des poètes, des clowns, et toi.

 

Pour être heureux, il faut être soi-même.

 Laurence Burniat - Des gens, tout simplement, p 87 - éditions Bénévent, Nice, 4éme trimestre 2006

 

 

Le blessé.

Il s’est endormi au volant,

Le vide et puis l’accident,

Ensuite huit mois d’arrêt,

Sans soleil, sans air frais,

Trente-quatre opérations,

Avant de poser les talons,

Ses parents oublient de rire,

Ses amis oublient de venir,

Lui qui voudrait simplement,

Changer d’air de temps en temps,

Heureusement il y a les vrais,

Ceux qui soufrent en secret,

Qui le secouent, le font rire,

Le forcent à bouger, à vivre,

Il rentre, en laissant là-bas,

Son genou, son bras droit,

Mais avec la joie, l’envie,

De grandir en autonomie,

Il se muscle, court, skie,

Travaille, voyage, se marie,

Ne s’apitoie plus sous la pluie,

Aime par-dessus tout la vie,

Elle est un professeur cher,

Mais la leçon est exemplaire,

Le bonheur est dans l’essentiel,

Réaliser des projets potentiels,

Sans excuses irrationnelles,

Croire en ses ressources réelles,

En regardant la vie du bon côté,

En étant plus fort, qu’handicapé,

Sans se soucier des regards,

Vivre pour sa santé, plein d’espoir.

 

C’est dans la douleur que se définit l’essentiel.

Laurence Burniat - Des gens, tout simplement, p 56 - éditions Bénévent, Nice, 4éme trimestre 2006

 

 

16:47 Écrit par Laurence Burniat dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note |  Facebook |

1